Omar Sy, d'Intouchable à Samba

Quand résonne le rire tonitruant d'Omar Sy, l'effet sur vos zygomatiques est instantané. Rien d'étonnant à ce que la comédie Intouchables', avec Sy dans le rôle principal, ait drainé 51 millions de spectateurs à travers le monde, et devienne ainsi le plus gros succès français de tous les temps. Surfant sur son énorme popularité, Sy a aussitôt franchi l'Atlantique pour s'installer à Hollywood. Mais pour Samba', le nouveau film des réalisateurs d'Intouchables' Eric Toledano et Olivier Nakache, il a troqué le glamour de L.A. pour la dure réalité d'un sans-papiers à Paris.
Enchaîner après le succès monstre d'Intouchables' avec un rôle sérieux totalement inhabituel pour vous: il faut oser!
Omar Sy: «C'était le moment idéal pour un vrai rôle de composition. Samba' est toujours une comédie en partie, mais je joue quand même un personnage plus complexe que d'habitude, quelqu'un qui est un peu plus éloigné de moi. J'étais donc obligé de bien me préparer. J'ai visionné beaucoup de films et de reportages, et j'ai lu aussi, bien sûr, Samba pour la France' de Delphine Coulin, le livre sur lequel le film est basé. Mais le plus important, c'étaient les rencontres avec des gens qui ont réellement été des sans-papiers. Surtout des connaissances de mon propre oncle. Leurs témoignages ont vraiment donné vie à mon personnage Samba.»
Qu'avez-vous retenu de ces rencontres?
«Surtout la peur constante dans laquelle vivent les sans-papiers. Lorsqu'ils marchent dans la rue, ils se font le plus petit possible et n'osent pas regarder les gens dans les yeux. Ils ont peur d'être vus. Car si vous êtes visible, vous pouvez vous faire arrêter. Cette paranoïa m'est totalement étrangère, donc pour pouvoir me représenter les choses, j'avais besoin de ce contact avec de vrais sans-papiers.»
Votre père est venu du Sénégal, tout comme Samba. A-t-il jamais vécu lui-même cette paranoïa?
«Non. Mon père est venu en France en 1962. La situation était totalement différente à l'époque. Les immigrés étaient régularisés beaucoup plus facilement, et il y avait du travail en abondance. Mon père ne pouvait donc pas m'aider pour ce film. Il était très fier en revanche que je joue un personnage sénégalais, et il aime énormément le film. C'est ce qui compte finalement.
Je pense que peu de gens peuvent s'imaginer à quoi ressemble la vie quotidienne d'un immigré clandestin. En général, d'ailleurs, le grand public ne se presse pas dans les salles pour voir des films sociaux. Un film grand public comme Samba', avec vous dans le rôle principal, peut changer les choses.
«Oui, et c'était ce que nous voulions en fin de compte: donner un visage aux sans-papiers, permettre au public de faire connaissance de très près avec quelqu'un qu'il ne verrait même pas normalement. J'étais conscient du fait que je pouvais faire cela maintenant, grâce au succès d'Intouchables'. Cette chance, je ne pouvais donc pas la laisser passer.»
Dans les films grand public français, les acteurs d'origine africaine sont presque aussi invisibles que les sans-papiers dans la société. Ne trouvez-vous pas qu'il y a un problème de diversité dans le cinéma français?
«De moins en moins, je trouve. Je suis un optimiste, j'essaie donc toujours de voir les bonnes choses. Notamment que cela a déjà beaucoup changé. Nous avons quand même, malgré tout, évolué dans le bon sens dans ce domaine. Du fait aussi que la société française dans son ensemble a fait un pas en avant. Nous avons tous grandi dans les mêmes écoles, et cela commence tout de même à porter ses fruits, petit à petit.»
Il y a deux ans, vous êtes parti à Los Angeles. Pour booster votre carrière?
«Non, au contraire: je voulais une année de vacances. (rires) Je voulais tout simplement aller m'amuser là-bas, après tout ce qui s'était passé dans ma vie. Après un temps, ils ont aussi commencé à me proposer du travail -le succès d'Intouchables' était même arrivé jusqu'en Amérique. Et vu que je me plaisais beaucoup là-bas, je me suis dit: Pourquoi ne pas rester ici tout simplement?' Et voilà, maintenant j'y habite. Je viens encore très souvent en France, mais mon port d'attache c'est Los Angeles. Disons que ce sont devenues les meilleures vacances de ma vie. (rires)»
La langue ne vous a jamais posé problème?
«Oh si. (rires) Je ne parlais pas du tout l'anglais quand je suis arrivé. J'ai dû tout apprendre. Quand on est petit, cela se fait tout seul, mais à mon âge ce n'est tout de même pas évident. Certains sons, vous n'arrivez tout simplement pas à les produire, car les muscles de votre bouche n'y sont pas habitués. Je ne parviens pas, par exemple, à prononcer tout à fait correctement le th'. Je sors toujours trop ma langue. (rires)»
Avez-vous trouvé entretemps une explication à l'énorme succès d'Intouchables'?
«Il n'y a pas d'explication définitive, mais selon moi les gens à ce moment-là avaient besoin d'espoir et de légèreté. Intouchables' parle en outre de solidarité, de fraternité, d'amour: pas des valeurs à la mode, mais les gens en avaient quand même besoin au moment de la sortie du film.»
Samba' peut-il égaler le succès d'Intouchables'?
«Très honnêtement? Je ne le pense pas. J'espère bien sûr que Samba' fera encore mieux qu'Intouchables', mais ce n'était certainement pas notre objectif. Cela n'avait pas de sens non plus, car je pense que c'est impossible de toute façon. Un succès monstre comme Intouchables' est vraiment exceptionnel, on ne vit ça qu'une fois dans sa vie.»