«Alma Viva», une pépite à ne pas manquer sur une grand-mère qui hante son village

‘Alma Viva’, le candidat portugais aux derniers Oscars, sort enfin chez nous! Sa réalisatrice Cristèle Alves Meira se confie à Metro sur sa chronique d’un enterrement brouillant toute une famille, avec ses touches d’humour, de sorcellerie et ses engueulades bien senties!

par
Stanislas Ide
Temps de lecture 5 min.

D’où vient le titre ’Alma Viva’?

Cristèle Alves Meira: «Ça veut dire l’âme vivante. Très tôt, j’ai imaginé l’histoire de cette grand-mère qui est déshonorée à sa mort par l’incapacité de sa famille à s’accorder sur la façon de l’enterrer, et à lui payer une pierre tombale. Elle refuse de se séparer des vivants et se met à hanter son village à travers sa petite-fille.»

’Alma Viva’ est déjà sorti en France et au Portugal, après avoir fait le tour des festivals internationaux. Les publics réagissent-ils différemment?

«Pas vraiment. Il y a une portée très universelle dans le film qui va bien au-delà de mes attentes. Moi, j’avais l’impression d’avoir fait un film qui ne parlait que d’un tout petit village, qui est celui de ma mère et de ma grand-mère, et où je passais tous mes étés. C’est un lieu perdu au milieu des montagnes du Nord du Portugal, avec des croyances très spécifiques. Mais avec le recul, je vois bien qu’un lien entre une grand-mère et sa petite-fille, les histoires de famille et d’héritage, le sujet du deuil et la sorcellerie, ça parle à tout le monde.»

Le film est universel mais aussi terriblement latin, non?

«Absolument. Il y a dans le film une sensualité des corps abîmés qui est propre aux pays latins. Avec cette énergie que les personnes diffusent partout où ils vont. Ces espaces saturés de monde, ce manque d’intimité, cette façon d’aimer sa famille en s’insultant, et cette petite fille que toutes les voisines viennent toucher sur le front alors qu’elle est en plein deuil, j’ai voulu attraper tout ça!»

Le tournage a été une affaire de famille à plusieurs égards…

«Il y a d’abord la famille proche, puisque c’est ma fille Lua qui joue le premier rôle, et son père, mon partenaire, qui a servi de conseiller artistique et de directeur des effets spéciaux. Ensuite, il y a la famille du village, avec des cousins germains et des vieilles tantes qui ont accepté de jouer le jeu. Et puis, il y a ma famille de cinéma, avec des acteurs qui me suivent depuis mes premiers courts-métrages.»

Comment avez-vous embrassé cette perspective d’une enfant de neuf ans en écrivant le film?

«Ma fille m’a aidée. J’ai compris que l’enfance se passait beaucoup au sol. C’est pour ça qu’on la voit se cacher sous la table pendant la veillée par exemple. En fait, il suffit d’observer les enfants. Si on se donne le temps, c’est pas si compliqué! Après tout, faire du cinéma, c’est observer ce qui se passe autour de nous et le traduire en images.»

Les pratiques ésotériques sont encore courantes mais tout aussi secrètes. Ce qu’on voit à l’écran vient exclusivement de vos souvenirs familiaux?

«C’est un mélange de ce que j’ai absorbé comme histoires dans mon village, où la pratique et les tabous sont encore bien vivants, et d’autres choses que j’ai glanées. Surtout chez deux anthropologues qui ont observé la sorcellerie, l’une dans le bocage normand et l’autre au Portugal.»

Le film comporte des fantômes mais reste très éloigné des codes du film d’horreur ou de genre. Pourquoi?

«Le premier film avec des fantômes auquel je pense est ‘Cría Cuervos’ de Carlos Saura, qui n’a rien à voir avec le cinéma de genre. J’ai vu pas mal de films de possession pour préparer ‘Alma Viva’ mais je m’en suis beaucoup éloignée. En fait, les fantômes font partie de mon enfance. À la maison, on croyait aux esprits et l’occulte était parfois très présent. Ça rejoint ma façon de voir la nature. Il y a de la magie dans ma façon de voir le monde et dans l’éducation que j’ai reçue. Parler de fantômes, ce n’est pas une question de genre pour moi. C’est plutôt un voyage vers l’enfance et une envie de questionner le monde. D’aller voir du côté des invisibles.»

EN QUELQUES LIGNES

Salomé a neuf ans et se rend avec ses parents dans leur Portugal natal. Comme chaque été, les retrouvailles familiales se déroulent dans l’éclat, la chaleur et la proximité, jusqu’à ce que la grand-mère chérie de Salomé ne meure sans prévenir. Pendant que les adultes s’engueulent sur l’organisation des funérailles, la jeune fille se demande si les pouvoirs que sa grand-mère venait de lui léguer n’ont pas provoqué son départ… Le premier long-métrage de la franco-portugaise Cristèle Alves Meira regorge de charme. À travers ses personnages déjà. Qu’ils s’engueulent ou qu’ils s’embrassent, les membres de cette famille vous feront penser aux vôtres dès les premières images. Dans son regard d’enfant sur la mort aussi, avec un mélange de mysticisme et de banalité, de peur non-verbalisée et d’humour bienvenu. Et enfin dans sa poésie, avec les terres en feu menaçant la cohésion du village, et la famille branlante tenant un cercueil coûte que coûte. Pour une histoire de fantôme, on ne s’attendait pas à tant de douceur.

‘Alma Viva’ sort au cinéma ce mercredi.

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