‘Dumb Money’: la révolte du petit investisseur sur Wall Street

GameStop, ça vous dit quelque chose? Non, alors vous êtes aussi peu intéressé par les investissements que moi. Pourtant, c’est une histoire tout à fait passionnante. En 2021, l’action de cette chaîne de magasins de jeux vidéo était en effet au cœur d’une lutte des classes entre petits investisseurs et puissants hedge funds. Dans ‘Dumb Money’, le réalisateur Craig Gillespie (‘I Tonya’, ‘Pam & Tommy’) explique toute l’histoire de façon amusante.

par
Ruben Nollet
Temps de lecture 4 min.

Étiez-vous familier avec les investissements avant d’entamer ‘Dumb Money’?

Craig Gillespie : «Peu. Cela ne faisait pas vraiment partie de mes préoccupations. Durant le covid, cependant, un de mes fils est revenu vivre à la maison pour un temps, et lui en revanche était totalement captivé par WallStreetBets [un subreddit consacré aux actions et options, rn] et le courtier en ligne Robinhood. Il a vu grimper la valeur de son portefeuille, et comme tant de gens, il était furieux lorsque, subitement, la prise a été arrachée. Pour moi, c’était intéressant d’observer ça à distance.»

Il s’agit d’une histoire vraie. Avez-vous pris contact avec le vrai Keith Gill, joué par Paul Dano dans le film?

«Nous avons essayé, mais n’avons pas eu de réaction. Le 16 avril 2021, il a posté quelque chose sur YouTube pour la toute dernière fois, et il ne s’est plus manifesté depuis. On ne le trouve plus nulle part sur les réseaux sociaux. Nous avons respecté sa vie privée. Il avait aussi laissé plus qu’assez d’informations, en postant une vidéo de 7 heures toutes les semaines pendant un an.»

Comment avez-vous convaincu Paul Dano de jouer le rôle?

«C’est une production indépendante, nous savions donc qu’il nous fallait quelques noms connus pour convaincre des financeurs. J’ai commencé par Paul, car j’ai toujours été très fan de son travail. C’est toujours très diversifié ce qu’il fait. Faire successivement ‘Batman’ et ‘The Fabelmans’, cela en dit long. Même si, singulièrement, c’est son interprétation dans ‘Swiss Army Man’ qui m’a fait penser qu’il serait parfait pour le rôle de Keith Gill, pour l’innocence qu’il y dégage. J’ai donc envoyé le scénario à Paul, nous avons parlé une ou deux fois, et il a dit oui. C’est très enrichissant de l’avoir pour le film, car il réfléchit aussi au scénario. Nous avons écrit ensemble six nouvelles scènes.»

Et les autres acteurs? C’est un casting impressionnant que vous avez réuni.

«Certains, je les connaissais d’avant, comme Seth Rogen. Je l’ai simplement appelé, lui ai demandé s’il avait envie de participer et il a tout de suite accepté. Même s’il est un des ‘méchants’ du film. J’aime confier aux acteurs des rôles auxquels le public ne s’attend pas. Avec Sebastian Stan, j’avais déjà travaillé quelques fois aussi, entre autres dans ‘Pam & Tommy’, et lui non plus n’a pas dû y réfléchir à deux fois. Le reste du casting s’est constitué tout aussi facilement, en fait.»

Quel sentiment voulez-vous susciter chez le spectateur avec ce film?

«L’indignation. La frustration sur le partage inégal de la richesse et le fait que le système est corrompu, truqué. Cette indignation, je l’ai ressentie moi-même avec le commentaire à la fin, à savoir que personne n’a été traîné devant les tribunaux. Mais le film est aussi plus qu’un pamphlet. J’essaye toujours de trouver un bon équilibre entre drame et humour. Ainsi est vraiment faite la vie. L’humour fait partie intégrante de notre existence. Nous l’utilisons pour amuser, pour désamorcer des situations, pour nous protéger. Une histoire sans humour est une histoire sans vie.»

Vous avez souvent raconté des histoires d’underdogs. Qu’est-ce qui vous attire tant dans ces personnages?

«Je ne sais pas. Je dois absolument en parler à mon psy. (rires) Je suppose que c’est lié à ma propre vie. À 19 ans, je suis parti tout seul d’Australie pour m’installer à New York, et j’y ai longtemps vécu dans une YMCA [auberge de jeunesse, rn]. J’ai bien connu la solitude à l’époque, alors que j’essayais de clarifier les choses pour moi-même. Il est vrai, en tous les cas, que j’ai un faible pour ce genre de personnages. Les outsiders, les rebelles, les underdogs.»

‘Dumb Money’ sort en salles aujourd’hui.

Dumb Money

Début 2021, le marché boursier connaît un étrange bras de fer autour de l’action de la chaîne de magasins de jeux vidéo GameStop. Wall Street essaie de la ‘shorter’ (spéculer à la baisse), tandis que de petits investisseurs la font monter, sur les conseils d’un modeste analyste financier sur YouTube, Twitter et Reddit utilisant le pseudo ‘Roaring Kitty’. Résultat, ces grands fonds d’investissement commencent à enregistrer des pertes gigantesques. ‘Dumb Money’ a la même ambition que ‘The Wolf of Wall Street’ et ‘The Big Short’: présenter une matière complexe (et honnêtement, plutôt rébarbative) de telle sorte qu’elle devienne divertissante et même passionnante. Mais le réalisateur Craig Gillespie n’a pas l’imagination pure qui rend ses exemples si irrésistibles. Il le compense en grande partie par un casting formidable, tant dans les rôles principaux (Paul Dano est parfait comme d’habitude) que dans les plus petits (Dane DeHaan, manager de magasin). Sachant que ces acteurs ont improvisé bon nombre de dialogues, c’est même impressionnant.

3/5

Retrouvez toute l’actualité sur metrotime.be