Des possibles crimes de guerre en Ukraine où au moins 1.400 civils ont été tués

Depuis le début de l’invasion russe le 24 février, au moins 1.417 civils, dont 121 enfants, ont été officiellement tués en Ukraine, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

par
Belga
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L’ONU estime que le nombre de civils tués est en réalité plus élevé car de nombreuses victimes n’ont pas pu être signalées et confirmées.

La plupart des victimes civiles sont décédées à la suite d’engins explosifs, de tirs d’artillerie ou de missiles. Par ailleurs, plus de 2.600 personnes ont pu être évacuées dimanche via des couloirs humanitaires, dont 1.500 de la région de Lougansk et près de 500 de la ville portuaire assiégée Marioupol.

Des fosses communes

Les corps sans vie de 410 civils ont d’ailleurs été retrouvés dans les territoires de la région de Kiev récemment repris aux troupes russes par les forces ukrainiennes, a annoncé dimanche la procureure générale d’Ukraine Iryna Venediktova. «410 corps de civils morts ont été évacués des territoires libérés» autour de la capitale et «les experts médico-légaux en ont déjà examiné 140», a-t-elle dit, s’exprimant au cours d’une émission retransmise sur plusieurs chaînes de télévision ukrainiennes.

Mme Venediktova a laissé entendre qu’il y avait sans doute beaucoup d’autres cadavres qui n’avaient pas encore été récupérés en vue d’être expertisés. Parallèlement, des témoins sont recherchés dans la population locale et des preuves photo et vidéo sont rassemblées, a poursuivi la procureure. Dans la seule ville de Boutcha, au nord-ouest de Kiev, près de 300 personnes ont été enterrées dans des fosses communes, ont affirmé les autorités ukrainiennes.

Les Ukrainiens ont repris le contrôle de la totalité de la région de Kiev après le retrait des soldats russes de villes-clés situées autour de la capitale, a annoncé samedi le ministère ukrainien de la Défense.

Réactions politiques

Aucune impunité pour les crimes de guerre. Tel est le message qui résonnait dimanche dans les rangs du gouvernement fédéral après la découverte de nombreux cadavres dans la ville de Boutcha reprise à l’armée russe. «Les images en provenance de la ville de Boutcha confirment les craintes qui nous ont poussés depuis février à soutenir l’ouverture de différentes enquêtes internationales dont celle de la CPI. Aucune impunité ne doit être permise», a déclaré sur Twitter la ministre des Affaires étrangères, Sophie Wilmès.

«Pas d’impunité pour les crimes de guerre», a dit pour sa part le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne.

Selon lui, les ministres européens de la Justice sont unanimes sur la question. Lundi passé, sept d’entre eux se sont accordés sur la façon de procéder en compagnie du commissaire européen à la Justice, Didier Reynders. L’Agence européenne pour la coopération judiciaire Eurojust a annoncé la mise sur pied une équipe d’enquêteurs chargée de recueillir des preuves d’éventuels crimes de guerre ou de crime contre l’humanité. Elle servira de passerelle entre les enquêtes des Etats membres de l’Union européenne et l’enquête de la Cour pénale internationale. Europol et les services de police se chargent quant à eux de coordonner les procédures pour recueillir les déclarations de victimes ou de témoins de crimes de guerre en Ukraine.

Le 3 mars, le procureur général de la CPI à la Haye, le britannique Karim Khan, a annoncé l’ouverture immédiate d’une enquête sur la situation en Ukraine. Tous les membres de l’UE, l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande ou encore la Suisse ainsi que des pays d’Amérique latine ont donné leur aval.

Dans la majorité, le président du PS, Paul Magnette, a pointé du doigt la responsabilité du président russe, Vladimir Poutine. «Des centaines de corps de civils dans les rues. Les images qui nous parviennent de Boutcha témoignent des crimes atroces commis par les troupes russes. Vladimir Poutine devra répondre de ces crimes devant la justice internationale», a-t-il dit.

S’il n’a pas visé nommément la Russie, le député Samuel Cogolati (Ecolo-Groen) estime que la neutralité face à ce massacre devient coupable. «Les images des massacres barbares contre des civils innocents, les mains liées, sont juste insoutenables. Plus que jamais, rester neutre revient à choisir le camp du bourreau. Notre responsabilité est de mettre fin à l’impunité de ces crimes de guerre», a-t-il souligné.

Dans l’opposition, le président de DéFI, François De Smet, a quant à lui parlé d’«images d’un autre temps, intolérables». «Il est temps d’appeler ces faits comme ils le méritent, à savoir des crimes de guerre», a-t-il ajouté. «La livraison de dispositifs antiaériens et le renforcement des sanctions sont nécessaires, pour contraindre la Russie à stopper cette guerre.»