Clôture du Festival de Cannes: voici le palmarès final

Après deux semaines de projections, de polémiques et de défilés en tous genres, le Festival de Cannes a tiré sa révérence en sacrant le film français ‘Anatomie d’une chute’ de Justine Triet. Un prix confirmant la volonté du président du jury, le réalisateur suédois Ruben Östlund (‘Force Majeure’, ‘Triangle of Sadness’), de célébrer une nouvelle génération de cinéastes, invitée à prendre la relève.

par
Stanislas Ide
Temps de lecture 4 min.

Anatomie d’une victoire

Surprise générale! ‘The Zone of Interest’, le drame radical de Jonathan Glazer (‘Under the skin’) sur une famille nazie vivant en bordure du camps d’Auschwitz était donné grand gagnant, mais a dû se contenter de la seconde place du podium avec le Grand prix du jury.

C’est donc le thriller judiciaire français ‘Anatomie d’une chute’ de Justine Triet qui l’emporte! Un film de procès agrippant et ambitieux, où le décès non-résolu d’un homme se transforme en chemin de croix sociologique pour son épouse, obligée de défendre chaque partie de son être face aux arguments normés, et donc teintés de machisme, de l’accusation. Une nouvelle palme française deux ans après ‘Titane’ et une troisième réalisatrice dans le panthéon des 76 éditions du festival. Une cinéaste qui n’a pas eu peur de profiter de son discours pour s’opposer à la réforme de retraites en France, et souligner son impact nocif sur la politique d’exception culturelle.

Les vieux de la vieille

Triet et Glazer ont beau incarner le renouveau du gang habituel de la compétition cannoise, le reste du palmarès appartient plutôt aux ‘usual suspects’. Aki Kaurismäki en tête, dont la comédie romantique ‘Les Feuilles mortes’ est repartie avec le prix du jury, mais qui était annoncée comme potentielle palme. Les mauvaises langues allaient jusqu’à parler de palme de rattrapage, pour enfin inclure le cinéaste finlandais dans le club des vainqueurs. Le prix du scénario pour ‘Monster’ et celui de la mise en scène pour ‘La Passion de Dodin Bouffant’ vont également à des cinéastes déjà célébrés par le festival. Et les prix d’interprétation, pourtant remis à deux comédiens relativement peu connus, vont à deux films de cinéastes déjà palmés (Wim Wenders avec ‘Perfect Days’ et Nuri Bilge Ceylan avec ‘Les Herbes sèches’). Ken Loach, Nanni Moretti et Todd Haynes sont rentrés bredouille, mais les vieilles marmites n’ont clairement pas fini de servir leurs jolies soupes à Cannes!

Les bonnes surprises

Malgré l’immense déception de voir l’impressionnant ‘Les Filles d’Olfa’ de la Tunisienne Kaouther Ben Hania rentrer les mains vides, cette 76ème édition du festival a largement rempli sa fonction de révélateur de pépites. On vous reparlera certainement de la femme à barbe et son mari joué par Benoît Magimel dans ‘Rosalie’, du marivaudage sexy de la comédie québécoise ‘Simple comme Sylvain’, de la performance monstrueuse de Jude Law dans ‘Firebrand’, du superbe duo père-fille de Nahuel Perez Biscayart et Céleste Brunnquell dans l’enchanteur ‘La Fille de son père’, et du malaise garanti par la comédie grinçante ‘Club Zero’ et son mélange flippant d’anorexie et d’embrigadement sectaire. Mais la bonne surprise parmi toutes les surprises, c’est le fait que les quatre prix principaux de la soirée ont été remis à des femmes, sans que personne ne s’en étonne! Outre la Palme remise à Justine Triet, celle du court-métrage revient à la Hongroise Flóra Anna Buda pour ‘27’, et le Grand prix de la semaine de la critique a été remis à la Malaisienne Amanda Nell Eu pour ‘Tiger Stripes’, l’histoire d’une jeune fille se transformant en tigre avec l’arrivée de ses premières règles. Sans oublier la Britannique Molly Manning Walker, grande gagnante de la section Un Certain Regard avec son drame adolescent ‘How to Have Sex’, qui a fait jazzer toute la Croisette avec ses images de fêtes fluorescentes et son exploration de la notion de consentement.

Le cinéma belge continue de briller

Un prix new voices dans la section Un Certain Regard pour le magnétique ‘Augure’ de Baloji et le prix du jury de la Semaine de la critique pour l’émouvant ‘Il pleut dans la maison’ de Paloma Sermon-Daï, ça fait plaisir! Mais d’autres talents noirs-jaunes-rouges ont aussi fait tourner le radar des festivaliers. De la réjouissante comédie ‘Le Syndrome des amours passées’ d’Ann Sirot et Raphaël Balboni au doublé réussi de Virginie Efira, venue présenter ‘L’amour et les forets’ et ‘Rien à perdre’, sans oublier la claque que nous a mise Arieh Worthalter (le père de l’héroïne dans ‘Girl’ de Lukas Dhont) dans ‘Le Procès Goldman’. Un an après le triplé de ‘Close’, ‘Les Huit Montagnes’ et ‘Tori et Lokita’, le cinéma belge prolonge allègrement les festivités!

Le palmarès officiel

Palme d’Or: ‘Anatomie d’une chute’ de Justine Triet

Grand Prix: ‘The Zone of Interest’ de Jonathan Glazer

Prix du Jury: ‘Les Feuilles mortes’ d’Aki Kaurismäki

Prix d’interprétation masculine : Koji Yakusho pour ‘Perfect Days’

Prix d’interprétation féminine: Merve Dizdar pour ‘Les Herbes sèches’

Prix du scénario : Sakamoto Yuji pour ‘Monster’

Prix de la mise en scène: Tran Anh Hung pour ‘La Passion de Dodin Bouffant’

Caméra d’or: ‘L’arbre aux papillons d’or’ de Pham Thien An

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